L’école de Moussais

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Bien loin du travail remarquable de Mr Michel Froeschlé, auteur de « L’école au village, petites écoles de l’ancien régime à Jules Ferry » (Serré édition), l’idée nous est venue de retracer sommairement l’histoire de cette petite école de village qui fut durant presque un siècle (environ 1885 – 1967) l’école de Moussais.

Le petit hameau de Moussais fut jusqu’en 1811 une commune à part entière. Rattaché par la suite à la commune de Saint Désiré, il vit naître au bord du chemin communal reliant Chazemais à Saint Désiré, une école publique dans le plus bel exemple des modèles de bâtiments scolaires d’alors. Il ne fait pas de doute que cette école fut construite sous l’impulsion d’un programme national qui lui-même pris naissance suite au travail de Mr François Guizot, ministre de l’instruction publique sous la monarchie de juillet, (loi du 28 juin 1833), bien que dans l’esprit de tous, l’école publique est plutôt attachée à Jules Ferry, concepteur de l’école publique laïque gratuite et obligatoire (1881 – 1882).

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L’école en 1970

Mais revenons à l’histoire de cette école construite au cœur de la commune de Saint Désiré, proche des lieux dits de Mont Lubin, le Grand Domaine, les Querelles, Faye, Villedoumy, etc. Le bourg de Saint Désiré possédait aussi son bâtiment scolaire public. Les autorités d’alors ont perçu assurément la nécessité de l’implantation d’une deuxième école communale en dehors du bourg en raison de l’importante population rurale ainsi que la très grande taille de la commune. Il est bon de rappeler qu’au début du siècle dernier, cette commune comptait plus de mille quatre cents âmes réparties sur l’ensemble de son territoire. Des témoignages d’élèves ayant suivi leur scolarité dans cet établissement nous ont fait état de classes de 60 écoliers dans les années 1930. C’est dire l’intensité de la vie dans nos campagnes.

Les souvenirs ne manquent pas et à l’image de ce magnifique roman d’Alain Fournier, « Le grand Meaulnes » les enfants du Moussais racontent encore à leurs petits-enfants ces instants qui émaillèrent leur enfance tel le grand poêle noir au milieu de la salle de classe et autour duquel, l’institutrice Mlle HUGUET pour ne citer qu’elle, faisait chauffer les gamelles de ses petits.

Bien sûr il y eut bien d’autres maîtresses et maîtres qui officièrent dans cette école, et qu’ils nous pardonnent si nous ne les citons pas tous, mais il est sûr qu’ils sont toujours dans le cœur de leurs élèves d’autrefois devenus nos anciens aujourd’hui.

Les années passèrent, des générations d’élèves laissèrent leurs empreintes sur les sentiers qui sillonnaient la campagne entre les prairies tracées par les bouchures marquées de grands chênes centenaires, témoins silencieux de l’histoire de notre pays et de son école. Un rien d’imagination et nous pouvons entendre encore les cris de nos garnements de la guerre des boutons : « si jaurais su jaurais pas venu… ».

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La maison de l’instituteur

Puis vint le temps du progrès et la désertification des campagnes prit toute son ampleur et eut raison de l’école de Moussais qui par décision préfectorale à la demande du conseil municipal en 1967, vit sa fermeture programmée alors qu’elle n’accueillait plus qu’une quinzaine d’élèves. Suivra un peu plus tard, la fermeture de la gare du village qui pourtant avait été à l’origine du développement de la commune.

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La cour de récréation

Il n’en reste pas moins vrai qu’un brin de nostalgie se lit encore dans les yeux de nos anciens petits écoliers en tabliers gris et aux godillots crottés qui galopaient sur les chemins terreux, reliant les lieux-dits les uns aux autres, avant de rejoindre la grande salle de classe pleine de lumière et de savoir.

À en croire les témoins du passé, l’école a beaucoup changé bien qu’elle en garde encore toute son essence.

En 1970 cet ancien bâtiment de la République Française fut acheté par Mr et Mme BARREAU qui en firent leur coin de bonheur avec en toile de fond le souvenir de l’éclat des voix de nos enfants du passé chahutant dans la cour de récréation. Ils y entreprirent des travaux importants sur les fondations de la salle de classe et complétèrent l’ensemble des bâtiments existants d’une tour et d’une grande pièce réunissant la maison de l’instituteur à la salle de classe.
Il reste un meuble du passé dans l’ancienne salle de classe, un dernier banc d’école en chêne sombre aux yeux de porcelaine blanche et aux iris couleur d’encre noire. Il fut le fidèle compagnon de nos petits écoliers aux doigts tachés, tout le long du dur apprentissage des règles de grammaire, de calcul et de vie.

 

Turia et Jean-Jacques JAMET

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