La chapelle Sainte-Agathe

A peu de distance de Saint Désiré, sur une colline haute de 360 m, se trouve une antique et modeste chapelle dédiée à sainte Agathe.

Personne ne sait exactement qui a construit cette chapelle romane en grès rose du XIVe ou XVe siècle (bien que l’appareillage en pierres irrégulières à la base de l’abside et des absidioles rappelle plus le XIIe ), on ne connaît que la légende.

Chapelle Sainte-Agathe

Agathe est bergère et domestique chez un fermier au domaine de «La Corre» situé au pied de la colline. Un soir, celui-ci lui donne l’ordre de ramener une bande d’oies sauvages qui s’est abattue sur l’étang. Bien que sauvages, les oies se laissent enfermer dans le poulailler et le maître parle de miracle. Agathe conçoit alors 1e désir de voir s’élever un sanctuaire au sommet de la colline. Chaque matin, elle abandonne ses brebis et sa quenouille dans la vallée et porte des pierres au sommet, chaque soir, elle retrouve son troupeau intact et le fuseau rempli. Mais le travail n’avance pas vite. Il faut une intervention plus puissante pour la charpente et les pierres de taille. Un jour, le seigneur de Reterre qui chasse par là blesse une oie qui tombe sur l’étang gelé. La glace est trop mince pour le seigneur qui jure comme un païen. Agathe, entendant ces blasphèmes, le reprend. Le seigneur, en colère, la met alors au défi d’aller chercher la bête. Agathe, sans hésiter, s’avance sur la fine couche de glace et revient avec l’oie. Confus, le seigneur est prêt à lui faire plaisir ; la construction de la chapelle est alors assurée.

Quelque temps après, Agathe rend son âme à Dieu et selon son désir, elle est enterrée au hasard, là où un attelage de bœufs la conduit. Ceux-ci, gravissant la pente de la colline, la menèrent au sommet parmi les pierres lentement amassées qui servent à édifier le tombeau. Aussitôt, une source jaillit au pied de la colline.D’après le cahier n°14 d’Edouard Piquant. On retrouve souvent le culte de l’eau, d’origine celtique, associé à une chapelle. La colline Sainte Agathe qui s’appelle a l’origine «Mont Lubin» est un site païen où se déroulent des sabbats de sorcières. La chrétienté veut marquer les lieux de son empreinte en construisant une chapelle et débaptise la colline. Le « Mont Lubin » est déplacé sur une butte de moindre hauteur un peu plus loin.

Ste-Agathe CPA

Tous les 8 mai, un important pèlerinage avait lieu à la chapelle. En 1840, une enquête est demandée par la Préfecture de l’Allier sur l’existence de pratiques peu compatibles avec le catholicisme. En effet, le jour de la fête, les bouviers et les bergers viennent faire bénir une petite baguette de coudrier pour empêcher 1e bétail de s’éloigner du pacage et les bergères touchent la statue de la sainte avec un fagot pour se préserver du loup. Sainte Agathe a aussi pour vocation la protection des nombreuses vignes qui entouraient le site.

Dans le chœur, se font face le vitrail de Saint Barthélémy et celui de Sainte Agathe réalisés en 1880 mais qui ont dû être restaurés en 1983 suite à un acte de vandalisme. Deux statues en bois polychrome ont été malheureusement perdues ou volées. Une très ancienne statue de sainte Agathe est par ailleurs exposée dans la chapelle lors de la fête de la Pentecôte.

sainte agathe face

On ne peut parler de la chapelle Sainte Agathe sans évoquerle roman d’Alain Fournier «  Le Grand Meaulne  » (1913).

Alain Fournier (1886-1914) habite Epineuil-le-Fleuriel (Cher). Sainte Agathe (où sa mère l’a emmené en pèlerinage) donne son nom au village du roman. De la chapelle, au sommet de la colline, on découvre l’ensemble du paysage où se déroule   «Le Grand Meaulnes ». Le site a d’ailleurs été retenu pour la scène du mariage du héros Augustin Meaulnes avec Yvonne de Galais (rôle joué par Brigitte Fossey) dans le seul film qui fut adapté du roman. Admirateur du poète Jules Laforgue, Alain fournier pense dès 1905 écrire un ouvrage où il n’y aurait que «des rêves qui se rencontrent». En effet, la fête étrange dans le domaine mystérieux a une part d’onirisme et de surréalisme avant la lettre.
Faisant partie des ouvrages les plus lus et les plus traduits dans le monde (au moins dans 30 langues), «Le Grand Meaulnes » est l’unique roman d’un auteur disparu trop jeune au combat au début de la guerre de 14-18. Ce n’est qu’en octobre 1991 que son corps est retrouvé par des historiens dans une fosse commune où reposent 21 autres soldats.

Source : Communauté de Communes du Pays d’Huriel

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